Touba : Les Mourides instrumentalisent les Ntic


TOUBA : LES MOURIDES INSTRUMENTALISENT LES NTIC

Lundi 15 Janvier 2001
Touba, ville religieuse et deuxième centre urbain du Sénégal, est le lieu d’observation de la relation urbanisation croissante-appropriation des NTIC. Son urbanisation fulgurante est le résultat d’une prise en charge volontariste d’une confrérie religieuse musulmane qui a joué au début du siècle un rôle de remplacement des structures sociales traditionnelles de la société wolof, ethnie dominante au Sénégal (environ 45 % de la population). La confrérie mouride qui représente aujourd’hui plus du 1/3 de la population sénégalaise est un puissant groupe socio-religieux connu pour son dynamisme agricole et commercial, son enracinement, son internationalisation croissante et sa capacité d’adaptation aux innovations [1] (...). Le Mouridisme semble être l’exemple d’une société à forte identité locale mais qui se transnationalise et suit le mouvement de la mondialisation en domestiquant les NTIC. Il invente ainsi une forme de religion migrante dont les reterritorialisations multiformes renouvellent les symboles et les recomposent sans cesse [2].
Touba, par une croissance forte (15% par an) et soutenue depuis 1958 a supplanté toutes les autres capitales régionales sénégalaises et est devenu la seconde concentration urbaine du pays. Cette ville-champignon compterait aujourd’hui plus de 500.000 habitants peut être 600 à 700. 000. La population a été ainsi multipliée par 4 au moins depuis 12 ans seulement. Touba est devenu récemment la deuxième ville du Sénégal pour les NTIC, notamment pour le parc téléphonique et pour les appels arrivés. Il est également la capitale rêvée, réalisée et vécue d’un groupe religieux fondé autour d’un projet universaliste et qui s’est effectivement transnationalisé en exportant ses symboles sacrés et culturels, ses pratiques sociales et économiques. Après les phases rurales et urbaines de la territorialisation, la société mouride tente de toutes ses énergies de concrétiser la vision de son fondateur et son projet de construire un lieu de référence religieuse et un refuge moral et social. Sa capacité d’innovation et d’adaptation est une nouvelle fois démontrée à travers la société urbaine qui s’est mise en place progressivement à Touba et qui saisit les opportunités que constituent les NTIC pour se rendre plus performante dans ses activités, et s’ouvrir au monde. Les différents foyers d’implantation des Mourides, qu’ils soient nationaux ou internationaux, font de Touba leur lieu d’unicité et instrumentalisent les NTIC pour promouvoir l’identité du groupe, diffuser ses biens religieux et conquérir les territoires virtuels que constitue le monde d’Internet (...).
Aujourd’hui, Touba semble attirer plus que Dakar et la ville religieuse devient une grande agglomération, un nouveau pôle économique et d’échange qui s’affirme. Certains l’appellent déjà la "capitale de l’informel ". Il constitue pour les dizaines de milliers de migrants internationaux mourides un lieu de retour privilégié (une sorte de Jérusalem), un espace d’investissement symbolique, ostentatoire mais de plus en plus économiquement viable. Les sociétés de télécommunications, la SONATEL et la SENTEL notamment, après avoir développé une logique de rattrapage pour satisfaire le marché "toubien", s’engage dans une politique d’anticipation et d’investissement-pari. Touba est pour la SONATEL comme pour sa concurrente la SENTEL, pour la téléphonie mobile comme pour le téléphone fixe, le second centre le plus important du pays et les projets allant dans le sens du renforcement de cette position sont nombreux face à la demande croissante.
L’analyse des représentations montre la place réelle des effets de mode, de la fascination, des opportunités, du besoin d’information, du besoin de se mettre au diapason, du besoin d’affirmation individuelle ou d’autonomisation dans l’adoption rapide des NTIC à Touba. La naissance d’un réseau téléphonique à Touba a eu lieu dans les années 60 au moment où une vraie conscience urbaine naissait dans la ville après l’achèvement de la grande mosquée et un début de peuplement massif. Les six premières lignes ont été installées pour le compte du deuxième khalife et de certains de ses neveux et cousins donc pour le corps maraboutique privilégié. Le réseau s’est conformé à la règle de centralité qui veut que toute chose commence à Touba par l’esplanade de la grande mosquée d’où partent les rues ainsi que tous les symboles, et qui est le coeur de la ville et l’espace de postionnement de l’autorité maraboutique. Le parc téléphonique a ensuite connu une évolution régulière passant à 126 en 1978. Cette évolution a été par la suite modérée par les possibilités techniques limitées et par le fait que le marché populaire de Touba était juste balbutiant.
Mais comme le montre le tableau et le graphique ci-dessus, c’est surtout à partir de la construction en 1986 du fameux central automatique d’une capacité de 1000 lignes pour Touba et Darou Mousty (30 km au nord de Touba) que le téléphone a connu une véritable explosion. Ce central réalisé sur financement de la Caisse Centrale de Coopération Economique (C.C.C.E) et de la SONATEL pour un montant de 917.682.000 F CFA s’est tout de suit révélé insuffisant pour satisfaire la demande pressante en téléphone. La Cellule Planification de la SONATEL qui avoue "avoir toujours eu un problème assez important avec Touba, n’ayant jamais su prévoir son développement démographique ", avait pourtant mis en oeuvre des "outils de planification complexes " [3] pour décider de la puissance et de l’implantation du central de Touba. Les trois extensions de 1988, 1990 et 1993 qui ont porté cette capacité à 5000 lignes n’ont pas empêché la saturation du central. Les demandes en instance atteignent en 1990 le nombre de 1200 soit 75,30 % des demandes régionales (1593) et 15,40 % des demandes nationales (7787). Le nombre croissant de demandes en instance à Touba place la région de Diourbel au deuxième rang après la région de Dakar.
Entre 1986 et 1988, le parc de téléphone de Touba a triplé. Il est ensuite passé en 1991 à 1203, à 2940 en 1992, à 3601 en 1993, à 3944 en 1994. Mais 2000 demandes restaient encore en instance. C’est en ce moment que la SONATEL a décidé d’investir massivement en définissant et en réalisant un projet spécifique de 14 milliards qui avait pour ambition de se mettre en phase avec le nouveau Plan de Lotissement du khalife qui a produit près de 110 000 parcelles à usage d’habitation. L’objectif était de surmonter les obstacles techniques que pose l’étalement de la ville. Il a été ainsi mis en place un dispositif complexe de quatre nouveaux centraux à mémoire extensible, l’ancien central ayant été redéployé dans une autre région. Depuis la mise en place de ces centraux, le parc a doublé passant de 4404 à 9911 en 1997 puis à 11946 en 1998 et 13246 en 1999. Le seul Central de Touba Mosquée (le quartier le plus peuplé de Touba) compte plus d’abonnés que Saint-Louis-Ville et Tamba.
Les télécommunications sont des indicateurs du pouvoir d’achat d’une population et dépendent de lui. Elles sont surtout révélatrices de l’extraversion d’une société ou d’un groupe. Si Touba est la 2ème ville en terme de nombre d’abonnés, elle a une particularité qui en fait un enjeu important pour la SONATEL. En effet, dans la capitale des Mourides, les appels entrants sont beaucoup plus nombreux que les appels sortants. Et ceci traduit entièrement l’originalité de la ville et de l’appropriation particulière des NTIC qui y est inventée. L’explosion du parc téléphonique de Touba est surtout une réponse des migrants mourides à leurs besoins de communication permanente avec famille, marabouts, commerçants convoyeurs de fonds. C’est entre autres par le téléphone que les liens se construisent et se maintiennent avec le pays d’origine. Un migrant sénégalais dépense de 5 à 30% de ses revenus par le téléphone malgré la baisse sensible des prix des communications et les nombreux forfaits proposés par les sociétés de télécommunication pour attirer la clientèle.
Le Trafic mensuel suivi depuis septembre 1997 grâce à la sollicitude de la SONATEL révèle l’importance du trafic arrivée dans cette ville. Celui-ci représente entre 39% et 64,77% du trafic total qui comprend outre le trafic arrivée, le trafic local, le trafic départ, le trafic transit et la rubrique "autres" essentiellement composée d’Internet et du mobile. 70 à 80 % du trafic arrivée vient de l’international. Le central de Touba qui gère les trois centraux de Madiyana, Darou Khoudoss, et Touba Mosquée ainsi que ceux de Darou Mousty, Khelcom et les villages satellites autour de Touba est le second le plus important du pays après ceux de Dakar. Celui de Touba est par ailleurs le seul connecté aux centraux internationaux (...). Internet sert le projet universel de la confrérie :(...) Dans un contexte de généralisation d’Internet, les Mourides ont également su saisir la balle au bond pour utiliser une image sportive Le Web devient très vite un instrument de prosélytisme important pour la confrérie et un nouveau territoire à conquérir même s’il n’est que virtuel. Les sites qui vantent la puissance mouride et fournissent des informations sur la vie confrérique, son message, ses biens religieux, ses différentes manifestations et leur signification, l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa descendance sont de plus en plus nombreux. Certains d’entre eux sont issus d’initiatives de marabouts qui se singularisent ainsi et se font connaître tout en participant à la promotion de l’image de la confrérie. Mais la plupart sont le fait de dahira qui ont soit à la fois une implantation nationale et internationale, soit une implantation internationale exclusive couvrant plusieurs pays ou liée à un seul pays voire une ville. Les dahira qui réalisent ces sites vendent également leur propre image en présentant leurs structures, leurs organigrammes, leurs actions. Les Mourides sont ainsi déjà positionnés dans la bataille du Savoir et du Contenu pour lequel le Sénégal est presque inexistant.
Le système généralisé d’échanges qui fonctionne aujourd’hui sur la base de l’interactivité et l’instantanéité met face à face "les Nords, USA, Europe et Japon hypermédiatisés et imbriqués dans des réseaux complexes" et les Suds dont "l’Afrique des villages, des villes champignons qui échappe en partie à la structuration de l’espace et des réseaux techniques mais où par contre les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant" [4]. La massification et le caractère de plus en plus transcendant des Technologies de l’Information et de la Communication sonnent comme une nouvelle révolution. Et celle-ci semble devoir faire comme la révolution industrielle, ses exclus et ses favorisés. Mais cette distinction manichéenne entre deux catégories ne semble pas être le paradigme qui opère aujourd’hui. C’est que les NTIC sont un domaine dans lequel tout le monde est parti sans gros écart de générations et les retards les plus criards sont comblés plus aisément. Le transfert de technologie est également dans le contexte actuel facilité par les mobilités plus fortes et les réseaux qui se sont densifiés et diversifiés. L’Afrique partage désormais la même histoire que le reste du monde. Malgré la faiblesse de ses ressources, elle intègre progressivement les réseaux et s’approprie avec ses moyens et son identité ce nouvel espace de rencontre.
La confrérie mouride est l’un des groupes emblématiques et porteurs de cette évolution. Devenue un mouvement socio-religieux migrant, elle a pris une envergure nationale par les milieux ruraux et les milieux urbains, puis internationale en intégrant les interstices d’une économie mondiale dont on dit pourtant qu’elle est globalisante et dominatrice. Je le souligne avec Mamadou Diouf, les Mourides s’inscrivent dans une logique de participation active à la mondialisation dont ils surfent sur la vague. La confrérie"s’aménage des ouvertures dans la culture transnationale, s’y glisse et y négocie sa part, avec des règles et des pratiques commerciales souterraines. . . en lui imprimant de nouveaux points d’inflexion, en le sommant de transiger avec de nouveaux acteurs, de nouvelles opérations et des formes inédites et flexibles d’accumulation " [5] (...).
Les NTIC constituent d’une part un instrument d’intégration de la ville-territoire qu’est Touba au reste du pays, et d’autre part le levier de son internationalisation qui est une composante de son autonomisation. Leur importance prise dans la capitale des Mourides et au sein du groupe tout entier en fait un analyseur des mutations sociales au Sénégal et permettent de saisir les contours d’un projet culture là la fois endogène et universaliste.
Dans le monde global qui se construit aujourd’hui, accéder aux lignes et réseaux, c’est accéder aux idées, et accéder aux idées, c’est accéder aux pouvoirs. Les NTIC qui progressent au Sénégal ouvrent les perspectives, élargissent les horizons, éveillent les consciences, donnent de nouvelles opportunités de relations plus fortes et faisant fi de la distance. Si elles donnent potentiellement la faculté de se libérer de son corps, de sa race, de sa nationalité, de sa personnalité et de communiquer comme de purs esprits, les Mourides eux se les approprient de manière singulière en les instrumentalisant dans leur fonctionnement et dans la promotion de leur message religieux. La photographie, la radio, la télévision, le téléphone, et Internet transportent les symboles par le son et l’image partout dans le monde et permettent de construire et de diffuser parmi eux-même et vers d’autres les codes d’une identité socio-religieuse qui s’est débarrassée de ses complexes et qui revendique sa reconnaissance (...).
L’appropriation des NTIC par les Mourides de tous les horizons contribuent surtout à faire de Touba, leur ville "idéale", leur nécropole-ville de pèlerinage, leur ville-marché, un pôle des télécommunications qui influe de plus en plus sur les enjeux nationaux et internationaux. Touba contribue à remettre en cause les notions de frontière et de citadinité qui se vivent désormais autrement, perdant de leur réalité. La relative jeunesse de la ville se marie bien avec celle des NTIC qui contribuent à façonner la ville et son image de lieu de référence. En tout état de cause, ce qui fait la force des Mourides, c’est autant leur capacité à s’adapter à l’étranger que leur faculté à se recentrer symboliquement et concrètement sur le lieu saint de Touba, à jouer dans ces entre-deux pour valoriser et légitimer une certaine pratique nomade du religieux. Reterritorialisations et recompositions incessantes par les NTIC également qui donnent de nouvelles limites au groupe et embellissent symboliquement et concrètement l’emblème qu’est Touba. La société mouride et la SONATEL sont représentatives d’une certaine société sénégalaise qui est en avance par rapport à l’Etat qui perd son rôle de catalyseur, obligé de louvoyer pour suivre et être présent.
Par Cheikh Guèye* Consultant UNRISD
[1] Guèye Cheikh, 1999 - L’organisation de l’espace dans une ville religieuse : Touba (Sénégal). Thèse de doctorat (nouveau régime) de l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, 650 p.
[2] Bava Sophie, Guèye Cheikh : Le grand magal de Touba. Exil prophétique, migration et pèlerinage au sein du mouridisme. A paraître dans la revue Social Compass, 2001.
[3] Birahim Sarr, le 20 juillet 2000 SONATEL DAKAR
[4] Annie Chéneau-Loquay, 2000 - Quelle insertion de l’Afrique dans les réseaux mondiaux ? Une approche géographique. In Enjeux des Technologies de la communication en Afrique, Paris, Karthala-Regards
[5] Diouf M, 2000 - Commerce et cosmopolitisme. Le cas des diasporas mourides du Sénégal. Bulletin du Codesria 1, 2000, p.20

Cheikh Ibrahima FAAL, sous la loupe d’un Cherif

Cheikh Ibrahima FAAL, sous la loupe d’un Cherif.
Le Cheikh Maa El Aynain, fils de Mohamed El Fadel Ibn Maamin avait écrit des poèmes merveilleux sur les qualités exceptionnelles de Khadimou Rassoul. Cependant, pendant longtemps, il était intrigué par le cas d'Ibra Fall et par les commérages à son sujet. Il entra alors en "Khalwa" pour demander à Allah de l'éclairer là-dessus. A la sortie de sa retraite spirituelle, il composa un poème dont nous publions de larges extraits.
"Cheikh Ibra, tu as été élevé au dessus des humains"
"Cheikh Ibra, tu as dépassé les horizons de la loi et de la voie " !
"Ibrahim Fall, tu as devancé tes pairs depuis l'Éternité"




"Ton état de réalisation ne peut-être compris par de simples mortels"
" Ta supériorité est indiscutable..."
"... La voie d'Ibra Fall dans le Mouridisme est l'une des meilleures"
"Celui qui la prend sera protégé contre l'enfer et les châtiments"
"Il passera comme l'éclair le jour de la Traversée... du Pont "
"... Mes paroles proviennent de la source des connaissances"
"Ô inconscient qui suspecte la voie de notre frère Ibra Fall"
"Repens-toi devant le Seigneur clément"
"Car celui qui persévère dans l'errent"
"Sera saisi par le Toupet"
"Et entraîné par les anges de l'enfer"
"Qu'Allah nous préserve d'un sort pareil"...
Le Précurseur :
Compagnon le plus célèbre mais aussi le plus incompris, Mame Cheikh Ibra Fall est accepté par tous comme ayant joué un rôle capital auprès de Cheikh Ahmadou Bamba, sans jamais heurter l’intransigeance de ce Maître sur les principes fondamentaux de l’Islam.

Né vers 1860 à Ndiamby Fall, un village proche de kebemer, ce descendant de la lignée royale du cayor était doublé d’un fin lettré.

Ce n’est que vers les années 1880 que suite à de longues pérégrinations à travers le pays Cheikh Ibra trouva enfin le Maître dont il était pari à la recherche. Ce 19e jour du mois de Ramadan est actuellement célébrée chaque année par ses descendants.

En cette époque, Cheikh Ahmadou Bamba professait le Coran et les sciences religieuses dans la concession de son père, au village de Mbacké Cayor où l’avait installé le damel Lat Dior de son retour d’exil. Pendant que les étudiants continuaient de s’interroger sur le contenu des livres et la traduction des formules secrètes du coran, Cheikh Ibra Fall en se soumettant entièrement à ce Maître, introduisit un nouveau type de rapport qui allait marquer le mouridisme naissant. Si aujourd’hui on lui doit le sobriquet de « Lamp- Fall »ou de « Baboul Mouridîna : porte du mouridisme », c’est surtout parce qu’il a balisé par le travail et une abnégation totale, le chemin historique du mouridisme.

Infatigable défricheur des sites où Cheikh Ahmadou Bamba allait installer ses nouveaux villages, il était le chef de file dans les tâches de construction et de production agricole.

En 1912, lorsque Cheikh Ahmadou Bamba, de retour de ses différents exils fut maintenu en résidence surveillée à Diourbel, Cheikh Ibra, à l’instar des autres grands compagnons s’établit dans la ville à quelques foulées de cheval de la demeure du Maître. Sa grande concession par extension est devenue le quartier qui à Diourbel porte son nom.

Les Baye-Fall, multipliés au gré de la baraka du Saint homme, continuent de conserver le statut de leur précurseur et prolongent son œuvre, toujours à côté de la descendance de Cheikh Ahmadou Bamba. Apres sa disparition en 1930, cinq de ses fils prirent successivement la succession : Serigne Modou Moustapha Fall, S. Abdoulaye Fall, S. Mor Talla Fall, S. Assane Fall, et S. Abdou Sakor Fall. Aujourd’hui, la confrérie est passée sous l’autorité de l’aîné de ses petits fils, Serigne Modou Aminata Fall.
Le travail, voie royale d’accès à DIEU ;
Leur triple mission de formation, d’organisation et de soutien à la famille du fondateur du mouridisme occupent toute leur vie. Pour lui, le travail est la voie royale d’accès à Dieu. Il n’empêche, le Baye-Fall est en permanence plongé dans ses captivantes séances de Zikroullah ou louange à Dieu ; sa façon à lui de vénérer le Tout Puissant.

La famille Baye-Fall repose sur le droit d’aînesse et la pratique de la polygamie illimitée, particularité des plus fustigées par les défenseurs inconditionnels de la charia. Le Baye-Fall toutefois, comme dans toutes les principes qui régissent sa vie n’en a cure et ne se fie qu’à Serigne Touba, l’érudit des érudits, le connaisseur des connaisseurs et le Maître du talibé mouride sur terre comme dans l’autre monde, et qui a défini et autorisé les pratiques de sa vie.

Le Baye-Fall, dans l’imagerie populaire de ceux qui vivent très loin les réalités de cet adepte de Cheikh Ibra Fall, est très souvent perçu à travers de multiples déformations.

Loin d’être seulement un personnage grossier habillé de haillons multicolores, la chevelure débroussaillée ou très longue, la démarche agressive, il est un croyant pour qui la religion s’arrête aux ordres du marabout qu’il vénère plus que toute autre chose.

Le véritable Baye-Fall s’oppose radicalement au vagabondage et mène une vie austère qui le détache de tous les interdits. Au delà des clichés le faisant apparaître comme un troubadour ou un délinquant en mal de refuge social, le disciple de Cheikh Ibra Fall se veut le prolongement de celui qui fut l’exemple même du « talibé » et symbolise le mouridisme sous ses facettes économique, culturel, et sociale.

Le Baye-Fall applique à la lettre les principes de soumission au marabout : « je me soumets à vous dans ce monde et dans l’au-delà. Je ferai tout ce que vous me dicterez et laisserai tout ce que vous m’interdirez... »tel est le credo du Baye-Fall. Au fil des ans, le comportement de ce talibé hors pair sera marqué par le travail*, l’abnégation totale face aux biens de ce monde et le respect scrupuleux des ordres du cheikh. Le travail, parce qu’il permet le dépassement de soi dans l’effort, est le premier pilier du « baye-fallisme ». Ainsi, aujourd’hui comme hier, les vrais Baye-Fall continuent de défricher chaque année des centaines d’hectares, abattant en une journée des superficies importantes. La production milicole et arachidiere a connu de la sorte, des performances légendaires grâce à ces soldats champêtres au zèle inégalé.

Le véritable Baye-Fall reprouve la violence. A l’instar du précurseur du mouridisme, cet homme discipliné ne veut rien obtenir par la violence bannie par les règles de vie de la communauté.

Sur le plan culturel, l’originalité du Baye-Fall a dépassé les frontières du senegal et fait école un peu partout dans le monde. Sa chevelure hirsute aurait inspiré les rastas,. Le petit bâton dissuasif qu’il porte est utilisé depuis l’époque où le port d’arme blanche était prohibé. Quant à la ceinture, elle permet de se caler l’estomac pour mieux résister à une longue journée de travail, ou une nuit interminable de litanies…Parmi les autres objets qui donnent à ce « chevalier de la foi » son aspect authentique, le bonnet et le talisman sont bien les plus remarqués. L’un est souvent noir avec une pouffe au bout de son long pendant, et l’autre se distingue par le travail artistique raffiné des cordonniers et se ballote au bas ventre symbolisant toute la fierté du talibé.

En outre, ces hommes sont tous farouchement retranchés dans le cadre culturel découpé par le mouridisme. La langue wolof qu’il parle en général ne souffre de la moindre intrusion de langues étrangères. D’ailleurs le Baye-Fall cultive une nette démarcation vis-à-vis des cultures occidentale et arabe.

Durant les moments de grande ferveur religieuse, il arrive qu’un des talibés à la sensibilité élevée tombe en extase. Lorsque c’est le « choc » véritable des ondes spirituelles, quelle que soit l’intensité de ses efforts, le Baye-Fall cognant durement contre un mur ou un pilier en fer, en sort sans la moindre éraflure. Ce phénomène échappe aux explications rationnelles.

Foncièrement communautaire, la confrérie de Cheikh Ibra Fall entretient jalousement une réputation de solidarité qui fait de chacun de ses membres, le maillon d’une chaîne ininterrompue. La contribution de tous est une règle d’or pour réaliser une œuvre ou pour faire face à un événement social. Ainsi en plus de l’investissement humain qui mobilise le maximum des effectifs disponibles, les « kureel », par petits groupes sillonnent les villages et les villes au son des « xiin » et du Zikroullah, pour collecter les souscriptions. C’est ce qu’ils appellent le «madial». Ici, contrairement aux jours de fête où le boubou d’apparat est de rigueur, la tenue en cette circonstance peut varier du boubou multicolore au simple caftan de séjour. Aucune note excentrique n’intervient cependant pour altérer l’ambiance d’humilité et de foi qui caractérise les expéditions.
Les sommes recueillies ne sont amputées d’aucune charge et viennent en complément aux efforts déjà consentis par le groupe. Elles seront versées ou à la trésorerie ou directement au marabout qui gère la réalisation de l’œuvre.

C’est en dernier ressort autour de ce chef religieux que gravite toute la vie de la communauté. Formé à travers diverses écoles traditionnelles ou « daara », le marabout Baye-Fall est un fin lettré doublé d’un homme d’action peu enclin aux génuflexions quotidiennes qui rythment la prière. Le chapelet toujours à la main, il s’adonne cependant à longueur de journée à des oraisons dont il détient seul les secrets…
Manel Fall
Invoicing Supervisor
Daarayweb Community
Dakar/SENEGAL

20ème Magal Annuel de Serigne Abdou Khadre MBACKE, 4ème Khalif de Serigne Touba.


 Le jeudi 7 Novembre 2013 , la communauté Mouride dans toutes ses composantes et ses démembrements commémore la naissance de l'Iman des Imans Serigne Abdou Khadr MBACKé qu'on appelait affectueusement Boroom Bagdad. Le 4ème Khalif de Serigne Touba fut rappelé à DIEU le 13 mai 1990 après 11 mois de khalifat. Serigne Cheikh Ahmadou son actuel khalif entouré de ses frères est la maître d'oeuvre de cette cérémonie. Qui était Serigne Abdou Khadr MBACKE.
Serigne Abdou Khadre est né le vendredi 3 ème jour du moins de muharram de l’an 1333 soit 1914 de l’an romain au village de Darou Alîmou-Ikâbir plus connu sous le nom de Ndame, l’une des villes fondées par Cheikh Mouhamadou Bamba pour la lecture et l’apprentissage du Coran.
 Comme le voulait l’usage de la famille, le fils de Sokhna Aminata BOUSSO reçut à l’âge de 5 ans sa première formation coranique auprès de Serigne Abdou Rahmane LO à Ndame. Mais c’est à Guédé, à quelques kilomètres de TOUBA, chez son oncle Serigne Mbacké BOUSSO que s’acheva sa formation dans le domaine des sciences religieuses où il excella dans les hadiths et l’histoire de l’Islam.
 Sa passion était le savoir et la connaissance. Sa caractéristique était l’obéissance et la conformité à l’enseignement de Khadimou Rassoul, tout en restant fidèle aux recommandations de ses frères qu’il aimait et respectait. Il ne se disputait jamais et disait que les biens matériels et l’autorité ne l’intéressaient pas, car il avait donné sa totalité à Serigne Touba dont il espérait tout. Tant que l’enseignement de Serigne Touba demeurait vivace en lui, le reste n’avait pas d’importance.

Serigne Abdou Khadr reconnaissait sa mission comme étant la conformité à la sunna, ce qui lui valut le titre de IMAM EL MOURIDIN. On disait qu’il ressemblait à son père physiquement.
Serigne Abdou Khadr a été l’Imam de la grande mosquée de TOUBA pendant 21 ans durant lesquels il exhortait les Mourides à la connaissance et l’action dans la conformité du message prophétique. Il mettait toujours l’accent sur la rectitude et la lecture du Coran qui renferme tous les bienfaits ainsi qu’il l’enseignait à ses fils.
 De ces sages paroles qu’il proférait aux fidèles lors des Khoubs du Vendredi à la grande mosquée on retient en particulier celle-ci qui n’est autre qu’un viatique pour tout musulman : « INA SAADATA KOULOU SAADATA TOULOUL AMRI FI TAHATI LAHA » - « le bonheur tout le bonheur réside dans une longévité consacrée à l’obéissance à Dieu ».
 Son attachement à la prière en commun a fait qu’il a dirigé les (05) prières quotidiennes dans la mosquée de sa concession de Guédé puis de Touba de 1937 à son rappel à Dieu le 13 mais 1990 : un miracle, un vrai miracle.
 Ce saint homme profondément soucieux du bien être et de la quiétude de tous les musulmans, n’avait d’autres préoccupation que DIEU et son Prophète (PSL). Notre ami Madické WADE de Saint-Louis écrit dans son célèbre ouvrage sur le Mouridisme qu’au-delà de la Confrérie Mouride, Serigne Abdou Khadr était Cheikh Al-Islam.
Durant son imamat Serigne Abdou Khadr n’avait jamais manqué une prière à la mosquée qu’il avait bâti à son domicile, ni une prière collective à la grande mosquée de Touba à l’exception de la période de son pèlerinage à la Mecque et la dernière semaine avant son rappel à Dieu alors qu’il était malade. (Pour ce pèlerinage votre serviteur était chargé par Serigne Cheikh Gayndé Fatma de s’occuper des formalités de départ : délivrance des titres de voyage, passeports, certificat médical, versement du pécule etc…).
Les Mourides avaient d’ailleurs annoncé sa disparition quand il ne le virent pas à la prière de ce vendredi-là. Il avait souhaité avant sa mort en connaître les affres. C’est-à-dire tomber malade et subir les angoisses de l’agonie, en hommage au Prophète élu (PSL), Allah l’avait honoré de cela si bien qu les derniers jours de sa vie, il parvenait à diriger la prière chez lui en compagnie de ses intimes et des membres de sa famille.
 Les relations de Serigne Abdou Khadr avec ses frères étaient excellentes et très intimes, mais celles avec Serigne Saliouétaient particulières. Ainsi quand Serigne Saliou voulu prendre le Wird « Makhfouz », il écrivit une lettre à Serigne Mbacké BOUSSO lui demandant l’Izn, tout en précisant qu’il souhaitait la médiation de Serigne Abdou Khadr dans la transmission. Ce qui laissait Serigne Mbacké BOUSSO étonné de la foi de Serigne Saliou en Serigne Abdou Khadr.
Il est contestable que Serigne Abdou Khadr a laissé un souvenir d’un saint accompli. On en veut pour preuve :
 Ces prières miraculeuses dont bénéficiaient plusieurs musulmans sans distinction de race ou de couleur, tous revenaient ou écrivaient pour témoigner de leur satisfaction de leurs vœux exaucés. Il était réputé guérir toute maladie et malédiction. Il demandait au patient ou à son représentant d’apporter un verre d’eau sur laquelle le miracle est accompli après le récit à voix basse de quelques versets de la saint vulgate. Serigne Abdou Khadr avait consacré toute sa vie à la célébration de l’Unicité d’Allah et aux enseignements du Saint Livre. Ne disait-il pas ceci : « Priez à l’heure exacte, est la plus haute dimension de l’adoration de DIEU ».
 Armé d’une formation coranique et théologique poussée, l’Imam de la mosquée de Touba (depuis la disparition de Cheikh Falilou MBACKE en août 1968) s’est employé jusqu’à son dernier souffle, à hisser l’étendard de l’Islam dans son art d’enseigner la parole d’Allah.
Pour d’aucuns son Khalifat matérialisait le retour de Cheikh Ahmadou Bamba MBACKE dont la ressemblance avecSerigne Abdou Khadr serait frappante.
 Serigne Abdou Khadr était un soufi hors pair. Son pouvoir de pénétrer le secret de l’interlocuteur, d’aller directement à son cœur, le climat de sainteté qu’il crée d’emblée, sa force persuasion, ses rares qualités de cœur et d’esprit, voilà un des aspects qui sont à l’origine de sa sainteté.
Il reste hormis cela, bien entendu un mystère insondable, au-dessus de toute spéculation. Nul ne perce ce secret qui distingue Serigne Abdou Khadr des autres mortels, ce secret écrasant qui opère les miracles, qui épure les cœurs les plus enclins au mal et des dompte, qui transforme le mal en bien, qui élève et exalte. Ce pouvoir extraordinaire qu’il exerce sur les âmes, sur les esprits et sur les choses même et qui va chaque jour grandissant est une des merveilles de DIEU.
 Le mysticisme chez Serigne Abdou Khadr est admirable, il ne consiste pas à se claquemurer dans une existence de reclus, coupé du monde, mais dans la grande sagesse qu’il enseigne, on note la part considérable qu’il accorde aux relations entre personnes dans la société. Il recommande entre les hommes, la gentillesse, les bonnes relations et l’amitié sincère fondée sur la fraternité et la solidarité dans le bien et l’amour de DIEU.
 Etre utile surtout tout le monde. L’aumône, la dépense, le sentiment de solidarité entre humains.
Serigne Abdou Khadr est cet homme dont nous parle l’Iman GAZALI. Sa simple présence, sa simple vision produit sur le postulant un effet bénéfique. Un simple regard constitue pour celui qui le regarde une œuvre pie..
 Hormis l’exemple vivant qu’il offre, sa présence inspire à l’observateur la crainte de DIEU, le détachement des choses d’ici bas, l’amour de DIEU et de l’autre monde. Acte, paroles, regards, bref tous ses mouvements, tous ses gestes offrent des sources d’édification. Ses paroles allaient directement dans le cœur.
 Extrêmement habile et inspiré d’un secret infaillible, l’Imam de Touba utilise divers moyens et emprunte plusieurs chemins vers l’âme, s’adressant à la foi, au cœur et à l’esprit de chaque sujet suivant la personnalité de ce sujet. Ce miracle qui s’était produit à Touba en juin 1973 reste encore vivace dans les mémoires de tous ceux qui étaient présents ce jour-là au cimetière de Touba. En effet dans son humanisme, sa grandeur d’âme et sa générosité de cœur, l’Imam de Touba effectue souvent la prière mortuaire sur plusieurs morts. Ce jour cinq morts étaient alignés devant le cimetière attendant l’arrivée de Serigne Abdoul Khadr. Avant d’entamer la prière, il demanda à l’assistance de dégager le cinquième mort placé en catimini par ses parents. Celui-ci était récusé par l’Imam de Touba. Plus tard on saura que le récusé était un commerçant ayant pratiqué l’usure pendant plus de 40 ans. Ce qui le rendra multimillionnaire. Lorsque les parents du récusé tiendra au courant Serigne Abdoul Khadr de son activité commerciale illicite, il leur dira d’aller l’enterrer à Darou Salam il aura la chance de n’être pas interrogé dans la tombe.
 La vie de Serigne Abdoul Khadr se confond avec son imamat à la Grande Mosquée de Touba auquel il accéda en 1968, à la disparition du second Khalif Cheikh Mouhamadou FADL qui occupait en même temps cette fonction. C’est pendant les 21 années où l’imam Serigne Abdou Khadr dirigea les prières du vendredi et celles des fêtes religieuses que le Saint homme acquit la renommée d’être une source intarissable de la Chari ’a et de la Sunna. La générosité de cœur de l’homme de Dieu qu’il fut traduisait en permanence, auprès surtout des indigents sa compassion et sa largesse d’esprit. En plus d’une disponibilité légendaire qu’émaillait un sourire ineffaçable, il affichait, envers ses visiteurs toujours à l’aise pour communiquer avec sa sainte personne, une image de sérénité et de profonde compréhension d’un abord facile.
Il était investit d’une mission divine celle qui consistait à venir en aide aux nécessiteux, apprendre la sainte vulgate à des centaines de disciples et les mettre sur la voie de Dieu. On rapporte qu’une des qualités dominantes de Serigne Abdou Khadr est de se suffire de ce que Dieu lui a accordé. Il n’a jamais contracté de dettes de vie durant. C’est pourquoi un jour, après avoir prié sur un mort, il interrogea l’assistance en ces termes : avait-il contracté une dette dans sa vie ? la réponse est non. Il déclare alors : voilà la bonne voie. La voie de Siratal Moustakhine.
 En sus de ces hautes vertus, l’homme était aussi, à l’instar de ses autres frères, investi d’une dimension sociale qui se manifesta, lorsqu’en 1968, il défricha une importante superficie de terre arable à Bagdad à quelques kilomètres de Touba, où il s’installa. Il réalisera aussi à Boustan, près de Louga, un autre domaine agricole comptant 13 daaras. Il se lancera également dans la riziculture à Mboundoum, périmètre irrigué du barrage de Diama où il comptait également une importante exploitation.
La piété demeurait toujours un trait caractéristique chez cet homme si l’on réalise qu’il tint à ériger à chaque fois une mosquée dans chacune de ces concessions à travers à le pays.
Les rapports de Serigne Abdou Khadr avec tous ses parents étaient toujours empreints de cette révérence et de cette affection dont il irradiait et qui avait le pouvoir de le rendre aimable à tout cœur.
Son accession au Khalifat, le 18 juin 1989, fut marquée par sa personnalité en ce sens qu’elle fut l’occasion de prêches pour la conformation aux commandements divins et à la Sunna prophétique. Il insistait beaucoup sur les prières canoniques et celles surrégatoires contenues dans Safinatou Limane ouvrage écrite par son Père Cheikh Ahmadou Bamba.
 Le feu Cheikh Sohibou Ibn Khadimou Rassoul, homme de grande culture nous le rappelle dans son célèbre ouvrage dénommé Khouratil ayni.
 La trop brève durée de Serigne Abdou Khadr ne permit pas, cependant, toute l’expression de ces hautes vertus car le jour de vendredi 18 mai mai 1990, c’est-à-dire 11 mois jours pour jours après avoir revêtu le manteau du 4 èmeKhalif Serigne Abdou Khadr s’éteint à Touba. Et c’est depuis ce vendredi, jour de prière, qu’il repose à l’entrée de cette mosquée qu’il aimait tant et au sein de laquelle, 31 ans durant, il dirigea la prière de milliers de fidèles qui ne manquaient jamais de se précipiter d’affection, après l’office, vers la frêle silhouette toujours souriante de Fîli « Borom Bagdad ».

Talla Sidy Alboury NDIAYE -Chercheur en Islam


Serigne Abdou Khadre Mbacké: l'orthodoxie et le soufisme


 Faire l'hagiographie, si sommaire soit elle, de Serigne Abdou Khadre MBACKE équivaut à se livrer à un exercice délicat eu égard à la dimension spirituelle incommensurable de l'homme.
Fils du très vénéré Cheikh Ahmadou Bamba MBACKE et de la pieuse Sokhna Aminata BOUSSO (nièce de la sainte Mame Diarra BOUSSO), cet ascète est né en 1914 une certaine nuit de vendredi de Mouharram (1emois suivant le calendrier musulman) à Dâroul 'Alîmil Khabîr (petite localité plus connue sous le nom de Ndâme et située à quelques encablures de Touba).
Le jour de la cérémonie baptismale, Serigne Touba ordonna à son frère Mame Thierno Ibrahima d'aller présider l'office religieux. Par la même occasion, le saint-homme révéla à son homme de confiance que, par la grâce du nouveau-né, tous ceux qu'il rencontrera à l'aller comme au retour auront la Félicité dans l'au-delà.
Par conséquent, ceci pouvant expliquer cela, il n'est pas étonnant d'entendre que "quiconque a la chance de prier derrière Serigne Abdou Khadre verra ses péchés absous". Au demeurant, un Hadith du prophète (PSL) nous apprend que "quiconque prie derrière quelqu'un qui jouit de la Miséricorde divine bénéficiera d'une rémission de ses péchés".
Serigne Abdou Khadre a rempli les fonctions d'imam pendant vingt deux ans. C'est en effet suite au rappel à Dieu de Serigne Fallou MBACKE en 1968 qu'il lui accéda à cette dignité. Ces deux éminentes figures dont les mères ont le même patronyme que les "Mbousôbé"(famille de Sokhna Diarra) furent les seuls à assumer de façon concomitante les fonctions sacerdotales d'imam et de Khalif général des mourides.
Il convient de faire remarquer que Serigne Abdou Khadre n'assura la présidence de la prière du vendredi à la Grande Mosquée de Touba q'une seule fois et il effectuait alors le pèlerinage à la Mecque. Il tenait à ce sacerdoce comme à la prunelle de ses yeux; c'est pourquoi les rares fois qu'il quittait Touba et quelles que soient la durée de son séjour et la délicatesse de sa mission, il retournait toujours le jeudi à la ville sainte pour les besoins de la prière du vendredi.
Par ailleurs, Boroom Bagdad s'apprêtait à accomplir les cinq prières quotidiennes en revêtant ses plus beaux habits en vertu du verset coranique: " ô enfants d'Adam, dans chaque lieu de Salât, portez votre parure" (S 7 V 31).
En vérité, ce grand soufi s'est, sa vie durant, scrupuleusement conformé aux recommandations du Coran jusqu'aux menus détails, comme l'illustre cette anecdote pour le moins insolite:un jour les haut-parleurs de la Grande Mosquée de Touba diffusaient des versets coraniques et, au cours de l'audition, il repéra un verset devant déboucher sur une prosternation. Le saint homme qui était alors chez lui, devant une assistance médusée, descendit de son siège et se mit à se prosterner.
Cheikh Abdou Khadre fut initié au saint coran par son très-vénéré père qui le confia ensuite à Serigne Ndame Abdourahmane Lô auprès de qui il paracheva l'apprentissage coranique. Au terme de sa maîtrise du coran, il fut envoyé par le CHEIKH chez  son oncle maternel Serigne Mbacké BOUSSO qui lui apprit les sciences religieuses.
Serigne Abdou Khadre fut remarquable de par son érudition et de par l'adoration de DIEU à laquelle il se livrait constamment. Il fut intransigeant dans l'exécution des actes de dévotion, notamment le deuxième (2e) pilier de l'Islam. A l'approche de l'heure de la prière, au milieu de l'assistance, il prit soudainement congé et d'un pas alerte se dirigea vers la mosquée qu'il eut construite dans son domicile. Il tint naturellement une telle détermination et un tel dévouement vis-à-vis de son SEIGNEUR de Cheikh Ahmadou Bamba dont toute la progéniture a hérité de ces qualités.
Du reste, tout chez cet imam rappelait le fondateur du mouridisme: le retentissement de son takbîr i.e la formule Allâhou Akbar, la résonance de sa voix, la délicatesse de son gestuel, la vélocité de sa démarche, sa vivacité et la spontanéité désarçonnante de ses réponses toujours empreintes de sagesse.
 Cheikh Abdou Khadre se distinguait également par la crainte révérencielle de DIEU (Taqwâ) et par le culte de l'unicité divine (Tawhîd) avec toute la rigueur qui sied. A titre d'exemple, il n'hésitait pas à corriger un disciple qui appelait quelqu'un par le nom "Samad" (un des noms divins difficilement traduisible en français) en lui signifiant qu'on devait dire "Abdou Samad" (adorateur de DIEU).
Quatrième (4e) Khalif général du mouridisme, Cheikh Abdou Khadre succéda à Serigne Abdou Ahad MBACKE et n'assuma cette fonction que pendant onze (11) mois (du 19 juin 1989 au 13 mai 1990).
Ce sunnite hors pair introduisait toujours le pied droit en entrant dans une pièce et était souvent enturbanné, le pan du turban rabattu derrière à l'image du prophète (PSL). Sa simplicité vestimentaire ainsi que sa sobriété alimentaire furent exemplaires. Serigne Djily MBACKE était tellement frugal qu'il demanda un jour si une personne put manger la totalité d'un jaune d'œuf!
Cheikh Abdou Khadre a fondé les localités de Bagdad et de Boustane où il avait des daaras et des domaines agricoles (le travail est un acte de dévotion en Islam et un pilier fondamental dans le mouridisme), suivant ainsi les traces de Cheikh Ahmadou Bamba pour qui il vouait un très grand amour.
 A l'instar de tous les fils de Cheikhoul Khadîm, Serigne Abdou Khadre troqua ce lien filial (père-fils) contre une relation spirituelle (maître-disciple). Lorsqu'on disait de Serigne Touba " amul moroom" (il n'a pas son semblable), il rétorquait "moroomanté wul" (il est inégalable!)
La vie de l'"Imam des imams", privilège exclusif unanimement conféré (ce titre de reconnaissance lui fut du reste publiquement reconnu par le regretté Elhadji Mawdo Sylla, imam de la Grande Mosquée de Dakar), aura été marquée par la conformité aux recommandations divines, l'attachement indéfectible à la sounna de l'Envoyé de DIEU (PSL) et le service utile à ses confrères musulmans.
Il aimait bien le vocable "istiqâma" (rectitude) qu'il prodiguait aux disciples dans toutes ses recommandations. Le prophète reçut cette injonction divine: "demeure sur le droit chemin comme je te l'ai ordonné" (S11 V 112). Il nous fit cet aveu comme quoi c'est à force de penser à ce verset que ses cheveux eurent très tôt blanchi.
Puisse le TOUT-PUISSANT, par considération pour le Prophète Mouhammad (PSL) et par la grâce de son éminentissime Serviteur agréer l'œuvre titanesque de Serigne Abdou khadre et nous faire bénéficier de son halo de sainteté et de spiritualité!

Cheikh Ahmadou Bamba SEYE, Professeur d'Anglais & Fullbrighter Aux USA. e-mail: khadimulfadlu@hotmail.fr



Grand Magal de Touba Edition décembre 2013 : tenu du CRD à Diourbel


Après le CLD et le CDD, c’est ce jeudi 24 octobre 2013 que le Gouverneur de Diourbel MR Mamadou Moustapha Ndaw a réuni à la Gouvernance de Diourbel l’ensemble des chefs de services régionaux ainsi que le comité d’organisation du Grand Magal de Touba dont Serigne Cheikh Bassirou Mbacké est le Président.
Dans son propos liminaire, le Président du Comité d’organisation a rappelé que le Magal constitue l’un des évènements religieux les plus importants au Sénégal et même du monde. A ce titre il mérite une attention particulière de la part des services de l’Etat qui ont la charge d’assister les citoyens dans de pareilles circonstances. Il a terminé en rappelant que plus que jamais le projet de loi fixant le jour du Magal comme jour férié n’est pas encore passé par l’Assemblée Nationale. Il demande donc aux autorités de passer à cet acte tant attendu par toute la communauté mouride et musulmane du Sénégal.
Après cette intervention, pendant près de 6 tours d’horloge, le procès verbal du dernier CDD a été passé au peigne fin. Tous les points abordés lors de cette rencontre qui s’est tenue à Touba sous la supervision du Préfet ont été évalués et les chefs de services ont, tour à tour pris la parole pour faire un état de l’avancement des travaux. Les secteurs clés que sont l’hydraulique, l’énergie électrique, la santé, la communication et les télécoms ont beaucoup retenu l’attention du Comité d’organisation du Magal.
De l’ensemble des interventions, il ressort un engagement de tous à faire mieux que l’année dernière. Le Gouverneur de la région a clos la séance par une synthèse des différentes promesses en demandant aux chefs de service de relever le défi de la bonne organisation.
La rédaction de www.htcom.sn.

Le Dahira Jami’atoul Xadiim de France sous la houlette de Serigne Cheikh Bamba Abdoul Ahad, lors du Grand Magal de Touba 2012,


Le Dahira Jami’atoul Xadiim de France sous la houlette de Serigne Cheikh Bamba Abdoul Ahad, lors du Grand Magal de Touba 2012, a remis deux auto-laveuses toutes neuves d’un montant de 14 000 euros à Serigne Mountakha Mbacké pour l’entretien et le nettoyage de la Grande Mosquée de Touba. 

C’est très satisfaites de ce geste que les autorités de Touba ont chargé Jami’atoul Xadiim de réaliser un ouvrage crucial pour la ville sainte : une chambre froide dans la Morgue d’une capacité de 15 corps. Le devis est arrêté à 11 500 euros, hors transport du matériel jusqu’à Dakar. Les travaux ont été confiés à l’entreprise française Elcya, basée à Lyon.

C’est pourquoi nous avons projeté de réunir 200 mourides qui s’engageront à donner 50 euros d’ici fin novembre au plus tard pour que nous puissions compléter l’achat de la chambre froide à temps et l’acheminer lors du Magal 2013.

Tout mouride voulant être enterré à Touba à sa mort, cette chambre froide est peut-être celle qui nous accueillera le jour J ! Ne la négligeons pas.
Nous comptons boucler tous les détails financiers de l’opération au plus tard le 30 novembre 2013 Incha Allah.

Jëf Jël pour notre dernière demeure !

Seex Seyyidil Muxtaar Mbàkke Yal na fi yàgg te wér !
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