Extraits de la version française de l’Exposition Internationale sur la Non-Violence en Islam : « Cheikh A. Bamba : Un Artisan de la Paix » organisée par MAJALIS qui souhaite à tous les mourides et musulmans du monde un excellent Magal (prévu le 19 Novembre 2016).
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PERSÉCUTIONS (1883-1895)
La forte affluence vers les nouveaux villages fondés, aux environs de 1888, par Cheikh A. Bamba (Darou Salam, Touba) suscita la méfiance des colons français. Cela se refléta dans les multiples persécutions infligées aux disciples Mourides par les représentants locaux de l’administration française, dont l’autorité se sentait menacée par les progrès et l’esprit de liberté croissant des Mourides. Débuta dès lors une féroce campagne de répression contre les disciples de Cheikh A. Bamba de la part des chefs indigènes qui tentèrent de les intimider, en brulant leur cases, en confisquant leurs récoltes et leurs biens, en mettant certains d’entre eux en prison etc.
DIFFAMATIONS (1883-1895)
Les épreuves que les disciples de Cheikh A. Bamba enduraient à la naissance du Mouridisme leur rappelèrent les souffrances similaires que les Compagnons du Prophète (de l’héritage desquels ils se réclamaient) eurent également à subir aux débuts de l’Islam. Ainsi grâce à leur foi inébranlable en leur guide, les Mourides surent préserver leur engagement et leur détermination dans la Voie de Dieu. Débuta alors une campagne systématique de dénigrements et de fausses allégations contre Cheikh A. Bamba lui-même, que confirmèrent le grand nombre de rapports erronés adressés en ces temps-là par les chefs locaux aux autorités françaises.
ARRESTATION (1895)
Le Gouverneur Général français du Sénégal, M. Mouttet, convoqua Cheikh A. Bamba à Saint-Louis (capitale de la colonie du Sénégal), puis envoya une importante troupe militaire, dirigée en partie par des chefs indigènes, vers le village de Mbacké-Bari. Cheikh A. Bamba décida de marcher vers l’armée coloniale française et rencontra ainsi l’émissaire du Gouverneur dans le village de Jéwol (Louga), le Samedi 10 Août 1895, correspondant au 18 Safar 1313 de l’Hégire. Un tournant important de l’histoire du Mouridisme. Un jour plus tard reconnu comme celui du Màggal (Commémoration) annuel de Touba. Car de telles épreuves préfiguraient déjà, dans la perspective spirituelle de Cheikh A. Bamba, le succès et la rétribution divine se dissimulant dans les futurs périls et souffrances sur la Voie de Dieu.
LE MAGAL DE TOUBA (1895)
Tous les ans, près de 3 millions de Mourides et de visiteurs, provenant d’un peu partout à travers le monde, se rendent dans la ville sainte de Touba, pour célébrer le Màggal (écrit aussi « Magal »), en tant que jour de grâce à Dieu et d’hommage à l’œuvre de Cheikh A. Bamba. Durant 2 à 3 jours, Touba devient ainsi le cœur du Sénégal. Les habitants de la ville sainte, les dignitaires et Dahiras (associations) Mourides accueillent les visiteurs, avec des repas gratuits (« berndé »), organisent des conférences religieuses, des séances de lecture du Coran et de chants des poèmes de Cheikh A. Bamba (« Kurèl ») etc. Aujourd’hui, le Magal est devenu le carrefour économique le plus important du pays et l’un des plus grands centres d’échanges commerciaux pour des milliers d’entreprises et de commerçants du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest.
ACCUSATION DE JIHAD (1895)
Cheikh A. Bamba fut arrêté puis mis en prison à Saint-Louis. Le 5 Septembre 1895, le Conseil Privé colonial décida de l’exiler au Gabon, sous la fausse accusation qu’il était en train de préparer un Jihâd armé contre les colons français. Il demeura très serein devant les charges retenues contre lui et signa au bas du procès-verbal qui lui fut présenté, la sourate Al-Ikhlâs du Coran, symbolisant l’Unicité absolue de Dieu. Le rapport final du Conseil Privé statua : « Il y avait lieu d’exiler Cheikh A. Bamba au Gabon, jusqu’à ce que l’agitation causée par ses enseignements soit oubliée au Sénégal. » Au cours de la détention de Cheikh A. Bamba à Saint-Louis, des dignitaires religieux de la ville, affligés par la décision prise en son encontre, lui suggérèrent d’interjeter appel ; ce à quoi il ne consentit point, en leur répondant avec sérénité : « Je me suffis de Dieu, en dehors d’un quelconque autre maître. Je me suffis du Prophète Muhammad, en dehors d’un quelconque autre intermédiaire. »
L’ EXIL (1895)
Le 19 Septembre 1895, Cheikh A. Bamba quitta Saint-Louis sous escorte, et fut acheminé par train vers Dakar. A son arrivée, Cheikh A. Bamba, alors à jeun, fut convoqué par le Gouverneur de Dakar qui l’obligea à passer cette nuit dans une cellule sombre et répugnante qui le rebuta si profondément qu’il avoua : « A chaque fois que je me souviens de mon séjour dans cette prison infecte et de l’injustice de ce gouverneur, j’éprouve subitement l’envie de faire la guerre par les armes. Mais le Prophète lui-même m’en dissuade... » Le Dimanche 21 Septembre 1895, Cheikh A. Bamba embarqua à bord du bateau « Ville de Pernambouc » qui l’achemina aux contrées fort éloignées et très hostiles du Gabon.
7 ANNÉES AU GABON (1895-1902)
Une fois au Gabon, Cheikh A. Bamba fut soumis à toutes sortes de brimades physiques et psychologiques, à travers ses différents séjours à Mayumba (5 ans), Lambéréné, Libreville etc. La chaleur, l’humidité tropicale, les menaces permanentes de maladies, la nostalgie et la solitude de ces lieux furent ses seuls compagnons durant ces années fort éprouvantes. Les moments les plus difficiles de la vie de Cheikh A. Bamba et l’épisode le plus marquant de l’hagiographie populaire mouride. Ce sentiment d’isolement et de nostalgie de Cheikh A. Bamba envers les siens transparaît fortement dans les nombreux écrits de cette époque, qui démontrent sa foi et sa confiance inébranlable en son Seigneur. Dans un dialogue solitaire et fort émouvant avec les éléments, il écrivit : « O Océan de Mayumba ! Témoigne que je me suis entièrement soumis à Dieu et que je demeure à jamais le Serviteur du Prophète. »
LE RETOUR D’EXIL (1902)
Au cours des années d’ « exil en mer », la communauté mouride naissante fit face à de nombreuses épreuves. Le bannissement de leur guide hors du pays avait ébranlé la force d’engagement de certains qui, ayant perdu tout espoir de retour de celui-ci, firent défection en petits groupes. Ceux qui étaient restés se rassemblèrent autour des « cheikhs » désignés par Cheikh A. Bamba avant son départ (à l’instar de son petit frère et bras-droit, Mame Thierno Ibrahim) pour les diriger.
Les efforts constants de Cheikh Ibrahima Fall (l’un des disciples les plus éminents de Cheikh A. Bamba) en vue de démontrer son innocence eurent bientôt des résultats. Il réussit ainsi à convaincre Carpot, un candidat à la représentation du Sénégal au Parlement français, de l’innocence de Cheikh A. Bamba. Carpot promis de le réhabiliter une fois élu. Après son élection, le député parvint à obtenir la réouverture du dossier de Cheikh A. Bamba et sa réhabilitation. Cheikh A. Bamba rentra ainsi au Sénégal, à bord du paquebot « Ville de Maceïo », le mardi 11 Novembre 1902, après 7 années d’exil.
Son retour provoqua une joie populaire indescriptible au port de Dakar. La nouvelle du « Saint qui retourna des lieux d’où nul se revenait, tel qu’il l’a prédit » se répandit bientôt dans tout le pays...
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